Le Post, Sarkozy et la liberté d'expression : entre dissuasion et censure (3)


Fin mot de l'affaire? C'est parti !
"Bonjour,
Votre post intitulé "Sarkozy, Obama et la "racaille"", publié le mardi 29 juillet 2008 à 12h41 sur Le Post, a été supprimé parce qu'il contrevient à la législation et à la charte du Post.
Url de la page perso : http://www.lepost.fr/perso/
L'équipe des modérateurs"
Ce mail m'indiqua en termes délicats la censure pure et simple de la première version de mon billet.
Je m'interrogeais : avais-je glissé à "l'insu de mon plein gré" des appels au meurtre ou à la haine raciale? avais-je fait l'apologie de substances illégales? avais-je téléchargé des photos illiçites ou décadentes? Triplement : que nenni.....
So what?
Quel était le problème dans ce billet politique?
Réponse toute sympathique et diplomatique du modérateur affecté à mon papier, alias le "coach" :
| afficher le détail 30 juil. |
|
Je vous remercie pour votre post sur Obama et la ''racaille''. Celui-ci fait actuellement un carton sur Google.
Cependant, nous avons dû le supprimer car quelques phrases sont contraires à la charte du Post, et contraire à la loi tout court.
En effet, notamment les paassges concernan tle racisme : ''Monsieur le Président, ne regrettez-vous pas votre propos raciste?"''
Vous précisez que la journaliste ne l'a pas dit, mais il reste encore plus impossible à déterminer qu'elle l'a pensé! Cela ne se fait pas en journalisme d'interpréter des paroles, sans confirmation de l'intéressée.
Même chose pour ce passage: ' Faire ainsi une allusion sur le racisme latent ( mais reconnu selon diverses sources proches de l'homme) du chef de l'Etat, alors qu'il se trouve aux côtés du "héros" anti-raciste par excellence Barack Obama, n'était pas innocent. Alors qu'il se vante d'être son copain et d'oeuvrer lui-même pour la discrimination positive, le rappel de ce propos méprisant, faisant des jeunes de banlieue des sous-hommes, a le mérite de mettre Sarkozy face à ses contradictions.''
Sans source précise, et déclaration de l'intéressé, il est impossible de publier ce genre de jugement.
Nous souhaitons tout de même le publier car il est intéressant. Pour ce faire, il faudrait procéder à quelques légers changements sur ces deux passages, toujours en laissant votre point de vue émerger. Souhaitez-vous que l'on vous aide? "
Maxima mea culpa.
Ma précipitation à dépeindre les propos passés et troubles du chef de l'Etat à l'égard des délinquants de banlieue m'a fait commettre une grossière erreur : j'ai laissé croire qu'il pouvait être RACISTE....
Ce que je ne crois pas, comme je le précise dans ma réponse au "coach" :
"Bonjour,
Je vous renvoie une version légèrement remaniée de mon texte pour éviter toute confusion sémantique sur le terme "racisme" qui peut prêter à confusion et vous causer quelque souci judiciaire éventuel....
Sachez par ailleurs que je reçois nombre de mails de lecteurs du Post, surpris ou irrités par ce retrait de l'article.
Sans renier mon propos essentiel (la vision culturaliste de Sarkozy), je vous adresse cette version expurgée.
A votre guise"
Un arrangement à l'amiable, en somme. Car ne vous-y trompez pas : j'ai beaucoup d'estime pour le site expérimental Le Post, un croisement improbable à l'origine entre Agoravox, Skyblog et Le Monde.fr, filiale cousine de l'équipe web.
Ma version expurgée s'accompagnait au départ d'une sorte de post-scriptum quelque peu redondant, afin de clarifier au maximum ma position :
" Revenir ainsi sur le terme péjoratif, méprisant -et méprisable- employé par le chef de l'Etat pour stigmatiser une catégorie d'individus (dans l'imagerie populaire : plutôt jeunes/banlieusards/typés), alors qu'il se trouve aux côtés du "héros" de la réconciliation nationale par excellence, Barack Obama, n'était pas innocent. Alors qu'il se vante d'être son "copain" et d'oeuvrer lui-même pour la discrimination positive, le rappel de ce mot ambïgu, souvent employé par les sites d'extrême-droite et, DONC, assimilé par association à une expression à connotation raciste, faisant de certains jeunes de banlieue des sous-hommes, a le mérite de mettre Sarkozy face à ses contradictions.
Voire à ses propres démons.
Amanpour ne s'y trompe en faisant elle-même dans sa question le parallèle entre les espoirs de la jeunesse afro-américaine envers Obama et les revendications de la jeunesse noire en France.
Par l'usage du mot "racaille", il était bien question de jeter l'opprobre sur une frange de la population qui se trouve, ô comme c'est hasardeux, être "typée"...
Avez-vous jamais entendu Sarkozy, ou un autre homme politique, qualifier de "racaille" les fameux "paysans en colère" qui brûlent des biens publics dans les zones rurales ou les dissidents corses qui menacent autrement la République ?
Post-Scriptum : il y une différence notable mais subtile entre le racisme (la haine de l'autre en raison de sa différence ethnique ou culturelle) et "l'essentialisme" qui consiste à considérer en bloc telle catégorie d'individus (les Noirs, Les Arabes, les Juifs, les Américains, etc...)
M. Sarkozy n'est certainement pas raciste. Mais il existe suffisamment de faits, de déclarations extraites de discours et de témoignages de proches pour supposer qu'il jauge les individus en fonction de leur origine, pour s'en indigner ou s'en extasier, quitte à "distinguer" ensuite quelques uns parmi eux..."
That's a deal, buddy?
ben...en fait..non..ca va pas être possible....
The coach :
" merci pour votre réponse.
Nous avons étudié avec le journaliste politique du Post votre texte. Il subsiste encore quelques passages qui malheureusment desservent vore propos qui est parfaitement limpide et clair et surtout intéressant. En effet, le discours est parfois alourdi. Nous vous proposons cette version suivante, afin d'éviter toute lourdeur dans le texte, et aussi tout problème de modération. Si vous êtes ensuite d'accord nous pourrons le republier.
Je vous remercie
Cordialement"
Caramba.....!

Même en prenant d'éNOOORmes pincettes, il n'est pas possible de suggérer un instant que le terme de "racaille" employé par Sarkozy avait une CONNOTATION vaguement raciste.....
Que faire? Jouer le brave intransigeant sur sa vérité stylistique ou négocier une sortie digne pour les deux parties (le Post et moi) ?
My answer :
"Cher J.,
Même si je ne comprends pas vos préventions, dans le fond, à l'égard de ma nouvelle version (dans la forme, je reconnais une certaine lourdeur sémantique à devoir expliçiter le racisme et préciser que Sarkozy ne l'est pas), je suis d'accord pour la nouvelle version revue avec votre journaliste politique.
Néanmoins, pour la distinguer clairement aux yeux des nombreux lecteurs du Post qui m'ont contacté pour connaître en privé la version originale, j'ai modifié légèrement le titre, faisant ainsi connaitre qu'il y a DEUX versions du même article, et non pas une seule version censurée et expurgée sans motif juridique valable.
L'autre version de l'article est déjà en ligne ici : http://www.lepost.fr/article/
Merci en tout cas pour vos suggestions et votre réactivité.
Cordialement "
Conclusion : loin d'insinuer que Lepost.fr avait voulu me censurer honteusement pour parti pris sarkozyste, j'ai tenté d'entendre leur argument juridique (et non pas journalistique puisque le propre du journaliste, à mes yeux, est aussi d'interpréter le non-dit, le taçite) et d'affiner ma version initiale sur le vecteur le plus juste qui soit, en convertissant le terme "raciste" par le mot "méprisant".
Voilà.
Sinon, il est temps de passer à autre chose après le cas Sarkozy, mes derniers billets pouvant laisser croire que j'aurais à son égard un début d'amourette refoulée.
Moralité de tout cela : la liberté du commentaire politique en France est toute relative puisque tributaire des limites de la loi, tantôt protectrice heureusement envers toute diffamation, tantôt offensive à l'endroit de la vérité qui dérange.

PS : spéciale dédicace à l'équipe du Post, malgré ce "faux pas". En plus d'être réactifs et sympathiques, les membres gérent un site qui témoigne d'une grande liberté d'expression, a fortiori si on l
e compare aux vénérables sites d'info ou aux autres sites de journalisme citoyen qui filtrent davantage.La fluidité de correction de son propre article, la rapidité instantanée de publication, la mise en page et le référencement web donnent au site une véritable puissance de frappe, en plus de son aspect pédagogique envers ceux qui ne sont pas forcément initiés aux arcanes de l'actualité.
http://www.lepost.fr/article/2008/08/03/1236282_sarkozy-la-racaille-et-obama.html
Libellés : sarkozy obama racaille le post web 2.0


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