Confucius dans le métro

Paris au mois d'août. Des touristes à gogo, des franciliens désoeuvrés et un sentiment latent de fin de cycle, entre mélancolie et nostalgie.
Paris dans le métro : ses concours de visages dépressifs, ses autistes mélomanes, et son labyrinthe des possibles.
Paris, un dimanche d'août, de bon matin, sur le quai de la ligne 7 : l'attente de la rame procure le temps pour laisser traîner le regard. Des noctambules comateux cotôient des familles de touristes affublés de leur guide encyclopédique.
Sur un siège rouge, un objet insolite trône : un petit livre blanc.
Je m'approche et reconnais un exemplaire immaculé de la collection folio de poche. D'ordinaire, les passagers du métro abandonnent journaux gratuits, paquets de chips ou tristesses diffuses sur les quais.
Là, rien de tel : je saisis le livre, m'assurant au passage que son propriétaire n'est pas dans les parages, prêt à bondir pour détournement de propriété.
Un folio à 2€, une image de couverture composée de pinceaux multicolores et le titre en évidence : "Les Entretiens de Confucius".
Un recueil de proverbes si troublant que son usager l'a oublié avant de monter dans la rame?
Pas exactement.....
J'ouvre le bouquin et là, comme une bouteille à la mer, un message est rédigé sur la première page. Un petit texte savoureux que je reproduis in extenso :
"Certains des entretiens de Confucius sont tellement bêtes que je préfère m'en séparer. Peut-être qu'une autre personne que moi en fera bon usage. Bonne lecture".
Tout est dit : alors que Confucius revient à la mode en Chine comme nouvel emblème de la sagesse populaire, au détriment des figures communistes du siècle dernier, voilà que le bonhomme n'inspire en France qu'un soupir exaspéré auprès d'un(e) Parisien(ne) qui a sans doute voulu approfondir sa connaissance de l'Empire du Milieu en pleine frénésie des Jeux Olympiques.
Etant plus porté sur le taoïsme, je ne sais guère si j'en ferai moi-même bon usage.
En tout cas, la pratique est judicieuse : tous les livres qui nous tombent des mains devraient être abandonnés sur des quais de métro. Le relais des oeuvres littéraires serait garanti en permanence et certains auteurs se verraient peut-être couronnés d'un succès d'exposition pour leur propension à voir leurs créations trôner en devanture sur des sièges rouges.
Libellés : chronique insolite metro paris

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire
Abonnement Publier les commentaires [Atom]
<< Accueil