lundi 15 septembre 2008

La "pornographie sociologique" du 11-Septembre


Media Uppercut. A la veille des commémorations du 11-Septembre, un célèbre journaliste américain, Keith Olbermann, a tenu en direct une violente diatribe à l’encontre de John McCain et George Bush, accusant le premier d’exploiter honteusement ce tragique évènement à des fins électorales et le second de négligence criminelle pour "avoir permis que ces attaques se produisent". Un double coup d’éclat audacieux de la part d’un présentateur vedette.


Il a redonné ses lettres de noblesse au journalisme américain, selon ses admirateurs. Il a craqué, dénoncent les détracteurs. Keith Olbermann est la figure médiatique de la semaine , outre-Atlantique. Le chroniqueur politique, âgé de 49 ans, a démontré mercredi dernier, dans son émission-phare "Countdonwn", sur MSNBC, sa verve, sa fougue et son talent oratoire.

En l’espace de huit minutes, face caméra, Olbermann s’est prêté à un exercice inimaginable pour un téléspectateur français : fustiger avec ardeur l’un des deux candidats à l’élection présidentielle, en l’occurence John McCain. L’homme est rancunier : il ne digère pas l’incident scandaleux, selon lui, de la diffusion d’une vidéo lors de la convention nationale républicaine, en hommage aux victimes du 11-Septembre. Ces images représentaient la prétendue lutte des Etats-Unis contre le terrorisme islamique depuis la prise d’otages américains en 1979 à Téhéran avant de culminer avec des passages dévoilant les visages des victimes des attentats de 2001.

Révulsé par ce procédé, Olbermann s’était désolidarisé à l’antenne de sa chaîne pour la diffusion en direct de la vidéo et paraissait sincèrement consterné par l’exploitation des images du 11-Septembre. La sanction ne se fit pas attendre : sa direction l’a évincé des soirées électorales et relégué uniquement en plateau dans son émission, un programme quotidien d’une heure avec des invités débattant autour de cinq sujets d’actualité.

Quelques jours après cette annonce de la part de ses supérieurs hiérarchiques, qui déplorent son ton partisan, indigne selon eux de la charte journalistique du prestigieux réseau NBC, Olbermann contre-attaque. Mercredi 9 septembre, il vitupère, dans la partie de son émission intitulée "special comment", le Parti républicain avec une véhémence inédite. D’ordinaire, il est de notoriété publique que le journaliste penche largement en faveur d’Obama et ne se prive pas pour décocher des flèches au camp républicain depuis le début de la campagne. Cette fois-ci, pourtant, Olbermann a accentué la virulence de ses critiques.





Etait-ce l’effet de se rétrogadation professionnelle ou bien l’approche des commémorations du 11-Septembre qui l’a rendu si nerveux ? Toujours est-il que le journaliste, volontiers comparé par ses ennemis comme l’équivalent hystérique, dans le camp démocrate, de O’Reilly sur Fox News, a marqué les esprits. Beaucoup d’internautes saluent sa courageuse prise de parole sur un network aussi important que MSNBC tandis que d’autres l’accusent de manquement au devoir d’impartialité journalistique.

L’homme aime en tout cas les formules-choc : évoquer, en quelques minutes, le 11-Septembre, ce "slogan publicitaire" utilisé par l’administration Bush, un "gang d’escrocs constitutionnels" dirigés par un "Président qui aurait du être destitué" et coupables de "malfaisance et de néglicence criminelle" pour avoir "permis que les attaques se produisent", avant d’embrayer sur la "pornographie sociologique" de la vidéo, un "snuff movie" commis par le Parti républicain qui s’apprête désormais à raviver les "flammes de la paranoïa à l’encontre d’un autre pays du Moyen-Orient" et de conclure avec brio sur "l’utilisation des terroristes" par John McCain.

"Good night and good luck", tels sont les derniers mots d’Olbermann, comme en clin d’oeil au film de George Clooney et à son thème principal : les journalistes doivent toujours combattre le maccarthysme, qu’il s’agisse de l’original ou de sa nouvelle formule, plus connue sous l’appellation de "guerre contre le terrorisme".

Et tandis que les journalistes parisiens s’échinent à qualifier, d’une seule voix, toute dissidence sur le 11-Septembre de "délire antisémite", d’autres journalistes, autrement plus lucides, compétents et courageux, risquent leur carrière pour alerter le citoyen sur la manipulation de cet évènement-fondateur. Olbermann est l’honneur d’un certain journalisme, pas celui prétendumment impartial, mais celui qui joue pleinement son rôle social : nous informer de ce qui est, en toute authenticité.

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samedi 13 septembre 2008

Quand John McCain relie l’Iran au 11 septembre



Bassesse électorale. En vue de remporter la présidentielle américaine, tous les coups sont permis, y compris les plus sordides. Démonstration avec le camp républicain mené par John McCain.


La fin d’un tabou. Aux Etats-Unis, jeudi dernier, lors de la convention républicaine, un tournant politique s’est produit : un des deux camps rivaux pour la présidence, en l’occurrence le parti de John McCain, a osé, pour la première fois, exploiter visuellement la tragédie du 11-Septembre à des fins électorales en diffusant une "vidéo en hommage" aux victimes.





Morceaux choisis :


“La première attaque s’est produite en Iran. 444 jours : l’Amérique prise en otage. Et ainsi de suite : nos ambassades, notre marine (...) Cet ennemi qui s’est promis notre destruction est en guerre contre nous depuis des décennies. Cela, nous le savons désormais", relate le narrateur.


“Les jihadistes restent déterminés à nous attaquer, à attaquer la liberté et l’âme même de l’Amérique (...) Ceci est une guerre que nous n’avons pas choisie (…) C’est une guerre que nous allons gagner, nous avons un président qui sait comment le faire (…) Nous nous souvenons (…) et nous ne permettrons pas que cela arrive encore”.

Nombre de citoyens américains, démocrates mais aussi républicains, ont été choqués de voir ainsi utilisées les images des victimes des attentats pour émouvoir les électeurs, manipulés ainsi par la peur et le désir de vengeance.

soldat McCain franchit la ligne rouge


D’une pierre, deux coups : dans cette vidéo, digne des pires propagandes, il réussit le double tour de force d’aviver l’émotion envers la tragédie du 11-Septembre et d’assimiler la prise d’otages de l’ambassade américaine par les Iraniens (1979) aux actions terroristes d’Al-Qaïda (1998/2001), confondus de par leur provenance : le même "ennemi".

Exploitation émotionnelle et révisionnisme historique : voilà qui augure d’une politique étrangère plutôt belliciste si McCain devait remporter l’élection présidentielle, ce qui pourrait encore se produire, au vu de sa remontée dans les derniers sondages.

Le triple message subliminal est donc passé auprès de l’électeur : McCain vengera l’Amérique en capturant Ben Laden, protégera le pays des musulmans fanatiques et s’attaquera à l’Iran, ennemi comparable au réseau Al-Qaïda. Qui a pu oublier sa fameuse improvisation hilare, inspirée des Beach Boys, devant un auditoire, il y a quelques mois : "Bomb-bomb-bomb, bomb-bomb Iran !" ?

Au loin, on pouvait, si on prêtait l’oreille, percevoir dans l’air un murmure nauséabond, un slogan, évoquant les clips de campagne :
"I am George Bush and I approve this message"…

Post-Scriptum :

Il faut saluer le courage du commentateur qui apparaît à la fin de la vidéo. Il s’agit du présentateur vedette de MSNBC, Keith Olbermann, qui précise se démarquer du choix éditorial de sa chaîne d’avoir accepté de diffuser cette vidéo, déplorant pour sa part, avec un dégoût visible à l’antenne, l’usage d’un tel drame dans une campagne électorale.

Son audace lui a coûté cher : MSNBC, filiale du puissant network NBC, a annoncé ce week-end, soit deux jours après la retransmission en direct de son commentaire politiquement incorrect, la mise à l’écart d’Olbermann des émissions politiques de soirée, en prétextant son manque d’impartialité…

La liberté d’expression des journalistes, en période électorale ou en temps de guerre, aux Etats-Unis comme en France, a ses limites…

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