lundi 29 septembre 2008

Le 11-Septembre, les médias et Nicolas Sarkozy





La France a peur. Alors que le reste du monde s'interroge à voix haute sur les diverses anomalies du 11-Septembre, les élites politiques et médiatiques de l'Hexagone oscillent entre censure et auto-censure. L'Elysée vient d'encourager cette funeste tendance : Nicolas Sarkozy a fait savoir qu'il déplorait tout débat public sur la question. L'exploration du 11-Septembre est ainsi consacrée par la caste politico-médiatique comme le nouveau tabou idéologique en France. Retour sur la genèse d'un scandale.


Voici un entrefilet extrait du Canard Enchaîné, daté du 24 septembre et susceptible de faire bondir tout citoyen encore attaché à la liberté de pensée et d'expression :


"Mercredi 24 et jeudi 25, Bertrand Coq et Grégoire Deniau, respectivement rédacteur en chef et patron de l'info de France 24, sont convoqués à un entretien préalable avant limogeage. Mis sèchement à pied la semaine dernière par leur pédégé Alain de Pouzilhac, aliais Poupou, ils vont enfin savoir pourquoi ils sont virés. Le premier le serait pour incompatibilité d'humeur. Le second à cause d'un débat organisé sur le 11 septembre, pour rebondir sur l'affaire Bigard, le grand pote de Sarko. Il s'agissait d'expliquer pourquoi tant de zozos sur la planète continuent de nier la réalité des attentats. Le crime de Grégoire Deniau : avoir maintenu ce direct alors que son annulation avait été demandée à peine trois heures plus tôt par le directeur de la chaîne, Gérard Saint-Paul, qui ne voulait pas en entendre parler. Sûrement une coïncidence : Poupou a lâché depuis, à quelques collaborateurs, que l'Elysée n'avait guère apprécié l'organisation de ce débat télé. Parce que Bigard n'avait pas été invité ?"

Deux informations à retenir :

* le Canard Enchaîné qualifie de "zozos" et de "négationnistes entêtés" les millions de sceptiques, à travers le monde, qui doutent de la version officielle des attentats.

* Nicolas Sarkozy a fait connaître son mécontentement envers la tenue d'un débat audiovisuel consacré au 11-Septembre

Deux informations essentielles : la première suggère l'étendue de la faillite du journalisme d'investigation à la française tandis que la seconde révèle la volonté du pouvoir politique d'occulter tout remise en cause d'un événement géopolitique fondateur. Deux infomations non seulement compatibles mais qui vont se révéler être honteusement complémentaires.

Quand l'Elysée instaure un nouveau délit d'opinion

Dans un pays avec une tradition démocratique authentique et une presse déliée, la nouvelle du Canard aurait fait scandale : le chef de l'Etat a désapprouvé la discussion publique entre citoyens, sur une chaîne de télévision, au sujet des zones d'ombre du 11-Septembre. Pourtant, aucune réaction parmi les éditorialistes ne s'est produite : indifférence et accomodements à l'égard du pouvoir pour ce qui constitue pourtant une intention de brider la parole, une censure a posteriori. La propension de Nicolas Sarkozy à s'occuper de la programmation des chaînes est de notoriété publique : cependant, c'est sans doute la première fois, depuis qu'il est parvenu au pouvoir, qu'il ait fait ainsi connaître son hostilité envers le thème d'une émission.


Quel fut le grief incriminé? Un véritable débat contradictoire, ample et approfondi, sur les diverses thèses au sujet du 11-Septembre, en prime time, sur France 2 ? Absolument pas. L'objet du courroux présidentiel concerne une vague discussion, bancale, malhonnête dans son organisation et diffusée en catimini sur France 24. Pas de quoi provoquer une profusion internationale de vocations de "conspirationniste-délirant-antisémite". Et pourtant....Stupeur et tremblements dans la chaîne de commandement de France 24 : Alain de Pouzilhac, Pdg de la chaîne info trilingue, vire illico presto Grégoire Deniau, ex-directeur de la rédaction, doublement coupable d'avoir laissé passer le sujet et de s'être ensuite défaussé sur ses collaborateurs. Le "mal" est fait : selon Poupou, des téléspectateurs se seraient plaints, ainsi qu'une partie de la rédaction de France 24, pour avoir autorisé la diffusion du débat, pourtant médiocre, grossièrement à charge et stupidement intitulé "le mythe du complot" (comme si la version officielle n'était pas, en elle-même, une autre "théorie de la conspiration").
Seule ombre -lumineuse- au tableau : pendant cette caricature d'un débat expédié en une demi-heure, un intervenant, le journaliste américain Eric Margolis, a brièvement laissé entendre qu'il avait été intrigué par la faiblesse des dégradations du Pentagone, au lendemain de l'attaque prétendue d'un Boeing... Un ange (démoniaque) passe sur le plateau.
L’attitude de Pouzilhac s’explique aisément : outre la présence à ses côtés pour diriger l’Audiovisuel Extérieur Français de Christine Ockrent, pro-américaine notoire et compagne de l’atlantiste va-t-en-guerre-humanitaire, Bernard Kouchner, ministre précaire mais homme de réseaux, la sagesse commande d’être prudent. Sans oublier les négociations en cours avec l’Etat pour renflouer RFI et faire sortir TF1 du capital de France 24 dans les meilleures conditions. Poupou, ancien flibustier d’Havas et grand ami de l’initiateur de la French CNN , Jacques Chirac, doit encore conquérir le coeur de Nicolas Sarkozy. Or, l’allégeance au "néo-conservateur à passeport français" demande du tact et de la patience, quand on sait que le chef de l’Etat est proche de Vincent Bolloré, rival historique d’Alain de Pouzilhac.


Dans cette sinistre affaire, le double message de l'Elysée est le suivant : la France reste alignée sur les Etats-Unis, y compris dans sa narration mythologique du 11-Septembre, bien commode pour justifier la présence militaire française en Afghanistan; quiconque s'aventurera à débattre du sujet risquera sa mise au ban de la communauté journalistique parisienne par le rejet de ses propres confrères et l'opprobre du président de la République himself. Rompez !
La réaction de Nicolas Sarkozy risque, au passage, de donner du grain à moudre à ceux, comme Thierry Meyssan, qui le soupçonne d'oeuvrer, tel un "honorable correspondant" de la CIA, pour le maintien de l'Empire américain et la consolidation des soutiens atlantistes dans leurs postes respectifs.

Quand le Canard Enchaîné devient l'emblème de l'échec journalistique


De même que Le Monde fut longtemps qualifié de "journal de référence", le Canard demeure le modèle hexagonal de l'enquête journalistique, sans limites ni tabous. Quoique... L'attitude des rédacteurs du célèbre hebdomadaire satirique à l'endroit du 11-Septembre témoigne de l'étendue des dégâts mentaux collatéraux dans la corporation médiatique, y compris dans sa frange supposée "indépendante et corrosive". Suivisme, paresse intellectuelle, lâcheté et ricanements : bienvenue en France.

Et pan sur le bec. Alors que le caneton a fait preuve de talent pour dénicher des secrets d'Etat ou dévoiler, sous la plume de Claude Angeli, les coulisses de la guerre contre le terrorisme, il s'est révélé incapable de dépasser le stade puéril du sarcasme pour envisager autrement le 11-Septembre. Peut-être faut-il y voir un lien avec la méfiance réputée du Canard pour Internet : c'est l'un des rares journaux français à refuser sciemment de développer son site web, purement formel. Ce comportement archaïque, digne d'un réactionnaire qui rejetterait avec dédain toute nouveauté technologique dans la société de l'information, rejoint logiquement l'ignorance du caneton sur les zones d'ombre du 11-Septembre, précisément connues du public grâce à Internet.

A cet égard, en six ans, le Canard n'a pas évolué d'un pouce, si l'on en juge par ce filet publié en avril 2002, au lendemain de l'enquête, à la fois bancale par ses conclusions hâtives mais estimable de par son orientation avant-gardiste, de Thierry Meyssan.
Morceaux choisis du caneton ricaneur (03/04/02) :


"Bon sang mais c’est bien sûr, il a raison, Thierry Meyssan, le gars qui affirme qu’aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone ! Et Thierry Ardisson a raison de l’avoir laissé exposer sa thèse en long et en large, dans « Tout le monde en parle » du 16 mars, sans un bémol, sans esprit critique, sans question gênante, gobant tout tel un Jacques Pradel des familles (« Je suis troublé »). Service public avant tout! Et les plus de 100 000 gogos qui, en une semaine, se sont précipités sur son bouquin, écrit en gros caractères, lu en une heure, plein d’annexes, de discours officiels de Bush, mal fichu, ont raison, eux aussi. Car voici l’argument qui tue, et d’ailleurs Meyssan le clame haut et fort: on peut tout vérifier sur Internet ! En effet, à chaque page Meyssan cite des sites, des sites, et encore des sites: voilà donc le premier bouquin d’enquête sans enquête, mais entièrement compilé sur Internet. Et comme chacun le sait, Internet c’est rien que du sérieux ! (...) Quant au 11 septembre, Internet dégorge de révélations plus étonnantes les unes que les autres : aucun des 4 000 Juifs travaillant au WTC n’est allé au travail ce jour-là ; aucun des chauffeurs de taxi musulmans de New York n’était dans le quartier ce jour-là ; on a vu des ovnis dans le secteur au moment des attentats; et une immense image de Lucifer dans les nuées de l’incendie... C’est donc un coup des Juifs, des musulmans, des extraterrestres et de Lucifer ! Futurs auteurs de best-sellers, voici donc la recette imparable : identifiez un événement qui a frappé l’imagination des foules, décortiquez les mensonges officiels (car il y a toujours, évidemment, dans les vérités officielles, des lacunes, des arrangements, des paradoxes, des dissimulations), et remplacez-les par un gros bobard que vous aurez trouvé sur Internet. C’est facile, il n’y a qu’à se baisser !"

Des "gogos" en 2002 au "zozos" de 2008, saluons la laborieuse recherche sémantique du Canard pour disqualifer d'un trait de plume les millions de citoyens usant de leur sens critique pour interroger la nature et la valeur du 11-Septembre.

Et pendant que le sérail parisien se complaît dans sa morgue, qui lui sera tôt ou tard fatale, des journalistes étrangers font leur travail : après la diffusion d'une soirée thématique consacrée au sujet sur la première chaîne russe, voilà qu'une concurrente directe de France 24 , une autre chaîne info internationale anglophone basée à Téhéran, Press Tv, a organisé, depuis Londres, un remarquable débat contradictoire sur les attentats du 11-Septembre, avec un chercheur anglais, une journaliste américaine, une ex-employée des services secrets britanniques (favorable à la réouverture d'une enquête) et un ancien fonctionnaire du ministère de la Défense.


Sur les 37000 journalistes titulaires d'une carte de presse en France, celui qui se risquera à proposer une enquête sérieuse, avec de nouveaux éléments, sur cet épais dossier, devra compter sur la solidarité, la vigilance et la capacité de mobilisation des citoyens. Les divers moyens de rétorsion ne manqueront pas d'être utilisés à l'encontre du mouton noir qui osera s'aventurer loin du troupeau. Licenciements, brimades, obstructions, relégations, procès d'intention, diffamations. Aux yeux des sympathisants néo-conservateurs, toutes les techniques seront justifiables pour casser la contestation en étouffant la pulsion vitale à la base du journalisme : le désir de comprendre et de faire comprendre.

L'enjeu est crucial : il en va de la démystification du 11-Septembre comme de la liberté d'expression en France. Et alors que l'occupation des esprits, mentale et atlantiste, n'a jamais été aussi forte, à l'instar de l'occupation sous Vichy, physique et nazie, les résistants devront se reconnaître afin de s'organiser pour pouvoir contre-attaquer. En dépit de la masse somnolente.
Ici, la répartie gaullienne s'impose : "en France, sous l'occupation, il y avait 500 000 collabos, 500 000 résistants et 39 millions de veaux", dixit le Général, qualifié alors de "terroriste".
La diabolisation de toute "dissidence" sur le 11-Septembre, question politique par excellence, devient plus manifeste, plus violente dans le champ de l'expression médiatique. Face à cette situation, l'acte révolutionnaire consiste à résister, jour après jour, à l'emprise du mythe sacrificiel du 11-Septembre. Quitte à en payer le prix. L'occupation des esprits dure déjà depuis sept ans. George Orwell et Charles de Gaulle s’en retournent de concert dans leurs tombes.
Entre les veaux, le collabos et les résistants, quel camp, en connaissance de cause, choisirez-vous?

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mercredi 24 septembre 2008

France 24 : droit de réponse


Sylvain Attal, animateur du débat polémique sur le 11-Septembre, a réagi sur le site Agoravox, suite à la publication de mon article intitulé "le 11-Septembre de France 24" :



"Contrairement à ce que vous affirmez sans apporter la moindre source à votre récit, j’ai toujours assumé et j’assume encore jusqu’à ce jour le débat que j’ai proposé à la direction de la rédaction au sujet des théories conspirationnistes. J’assume aussi la façon (que vous qualifiez d’orthodoxe) de conduire ce débat. Certains, au sein de la redaction étaint d’avis que ce débat ne devait pas avoir lieu, en particulier ce jour là, point de vue que je respecte, comme je souhaite que le mien le soit.La suite concerne des problèmes de management, des malentendus et des dysfonctionnements qui relèvent du fonctionnement et du débat interne de France 24 et sur lequel je ne souhaite pas m’étendre ici. Sylvain Attal "


Mon propre commentaire sur le même site :


Dont acte.


Reconnaissons à l’animateur du débat de France 24 l’élégance de sa démarche: répondre aux internautes tant décriés par les médias classiques et ce, sur l’espace même de leur discussion. Que le journaliste daigne considérer le "journalisme citoyen" d’Agoravox ne devait pas surprendre: l’intéressé a le mérite de s’être longtemps exprimé lui-même sur différents blogs, en parallèle de son travail journalistique, bien avant que cet usage ne devienne une mode chez ses confrères.


Cela étant, je maintiens mon propos: les responsables du débat polémique sur le 11-Septembre n’ont pas assumé, a posteriori, le choix du sujet. Pourquoi, sinon, Grégoire Deniau se serait-il défaussé sur sa rédaction ? Pourquoi le débat n’est-il pas dans les archives du site, contrairement à d’autres débats bien moins "attractifs" ?

Question subsidiaire: pourquoi, alors que Sylvain Attal révèle avoir lui-même proposé le sujet, n’est-il pas également sanctionné puisque la faute essentielle de Grégoire Deniau- ACCEPTER un débat consacré aux "théories conspiraionnistes" et proposé PAR Sylvain Attal- relève d’un choix éditorial désapprouvé par la direction ?


Par ailleurs, je maintiens le choix du terme "orthodoxe" dans sa connotation péjorative: sans évoquer ici le fond du débat, à savoir la crédibilité des critiques de la thèse conventionnelle du 11-Septembre, force est de reconnaître que ce "débat" était particulièrement caricatural par son déséquilibre et le parti pris manifeste de son animateur.


Enfin, l’information suggérée par Sylvain Attal selon laquelle une partie de la rédaction aurait désapprouvé la tenue d’un tel débat, spécialement en raison du jour de commémoration du 11-Septembre, me semble bien révélateur du pathos entretenu par certains journalistes pour éviter une démarche analytique des différentes thèses en vigueur.


Tant que le tabou journalistique persistera sur une véritable discussion, publique et contradictoire, à l’égard des nombreuses zones d’ombre et des contradictions de la version conventionnelle du 11-Septembre, il ne sera pas étonnant de constater une défiance croissante des citoyens envers ceux chargés, a priori, de les informer honnêtement, en toute impartialité.

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samedi 20 septembre 2008

France 24, au défi du pluralisme

Affiche de promotion de France24


Grégoire Deniau et Bertrand Coq, en reportage de guerre



Christine Ockrent,dans une publicité pour Reporters sans FrontièresPanique à Issy-Les-Moulineaux. Le siège de France 24 est entouré d’une épaisse fumée depuis la chute des deux tours de la rédaction : Grégoire Deniau et Bertrand Coq. Déjà, le bruit circule : il s’agirait d’un complot terroriste de la Reine Christine Ben Kouchner, orchestré par son bras droit, Alain de Poupou Al-Zawahiri. Décryptage de l’attaque du redoutable groupuscule de fanatiques atlantistes à l’assaut du monde libre.


"Trois langues, un seul langage". Telle était la devise caractérisant la spécificité de France 24 à son lancement : la synergie d’une rédaction composée d’une trentaine de nationalités et chargée de relater les informations en français, anglais et arabe. Deux ans plus tard, il faudrait rajouter "et d’une seule voix".

Les critiques perfides du projet d’une chaîne info voulue par Jacques Chirac évoquaient alors la "voix de la France", une sorte d’ORTF, version high-tech et trilingue. Il n’en est rien : le licenciement de Grégoire Deniau, directeur de la rédaction, et la mise à pied de Bertrand Coq, rédacteur en chef, traduisent bien autre chose qu’une directive déguisée du quai d’Orsay.

Au-delà des griefs comportementaux formulés à leur encontre (rudesse, auoritarisme, mauvaise foi, etc), l’affaire révèle une tendance lourde, constatée depuis l’arrivée de Christine Ockrent, passée des ménages au "grand ménage" et venue rejoindre Alain de Pouzilhac à la direction de l’audiovisuel extérieur : la volonté politique d’une épuration idéologique.

Un attentat précurseur a déjà été commis par la Reine Christine et Poupou : ceux qui suivent l’actualité du Moyen-Orient n’ont pu manquer le licencement sec, il y a deux mois, de Richard Labévière, journaliste émérite de RFI et bête noire de ses collègues atlantistes pour ses inclinaisons pro-arabes affichées. Le prétexte invoqué était tout aussi savoureux que pour le tandem Deniau/Coq : Labévière fut sévèrement grondé d’avoir obtenu et négocié avec TV5 l’exclusivité d’un entretien avec Bachar Al-Assad sans avoir suivi la procédure habituelle avec sa direction. Pour ce motif futile, on se débarasse ainsi d’un trublion incontrôlable, surtout coupable d’avoir commis des enquêtes "délicates" sur la connivence entre Américains et Saoudiens financiers du terrorisme. Richard Labévière avait également réussi l’exploit de dénicher le scoop de la rencontre entre Ben Laden et Larry Mitchell, agent de la CIA, à l’hôpital américain de Dubaï, en juillet 2001. Une information qui lui fut d’ailleurs confirmé par la suite (comme il l’a évoqué début septembre en conférence) de la part d’agents de services secrets arabes et d’attachés militaires américains, sous couvert d’anonymat.

Après Labévière, l’épuration continue

Bertrand Coq : prix Albert Londres 2003, ancien de TF1 et de la Cinq, l’homme est réputé rugueux, véhément, caractériel. Néanmoins, les problèmes relationnels du rédacteur en chef se seraient améliorés depuis un an, selon un collaborateur de la rédaction. Le grief relève-t-il alors de son attitude envers ses subalternes ou bien, comme pour Labévière, de son travail journalistique ? Son ouvrage persifleur, intitulé les "Tribulations de Bernard K. en Yougoslavie" et consacré à Bernard Kouchner, compagnon de sa supérieure hiérarchique, pourrait bien lui être revenu, quinze ans plus tard, comme un boomerang en pleine figure.

Il est judicieux de rappeler ici que Christine Ockrent avait déjà rejoint France 24 en tant que chroniqueuse, BCBG et bilingue, avant de quitter la chaîne pour revenir quelques mois plus tard en tant que commandeur suprême. Ce parcours atypique dénote un rapport de force, différent dans le temps, entre la Reine Christine et ses sujets. Virer le pourfendeur de son French Doctor, sous un prétexte fallacieux, était sans doute un fantasme à l’époque. C’est désormais une réalité accomplie dans ce qui s’avère être un réglement de comptes.

Everything you are not supposed to know

"Tout ce que vous n’êtes pas censés savoir" : promesse ambitieuse inscrite sur la façade du siège de France 24. Question naïve : saurons-nous vraiment tout, y compris sur le 11-Septembre ?

Grégoire Deniau, directeur de la rédaction, prix Albert Londres 2005, rugbyman et baroudeur de terrain, présent en Irak au début de l’invasion. Dans son cas, une affaire digne d’un vaudeville médiatique, entre le théâtre de boulevard et la farce tragicomique. Nous sommes le jeudi 11 septembre et le débat du jour, animé par Sylvain Attal, concerne les fameuses "théories du complot". En bon orthodoxe chargé de brûler l’hérétique, Attal organisa un débat pseudo-contradictoire où 4 intervenants, convaincus de la version conventionelle des attentats, ont été "confrontés" à un jeune militant du réseau Reopen911, association prônant la réouverture de l’enquête sur le 11-Septembre. Bref, un débat pour la forme, sans réel enjeu, sinon celui de "bigardiser" -diaboliser- tout pratiquant du doute sous le sceau de l’infamie ("délirant, antisémite, paranoïaque, révisionniste, anti-américain", etc). Objectivement, le débat, de par son déséquilibre et la faiblesse des arguments du représentant de Reopen911, n’allait pas susciter un "conspirationnsme aïgu" à travers le monde ni provoquer l’ire de l’ambassade américaine.

Et, pourtant, ce fut un scandale d’avoir "laissé passer" cette discussion, "selon des telespectateurs" outrés et une "partie de la rédaction", d’après Poupou. Convocation de Deniau qui se serait embrouillé alors dans son explication, sur le mode " de toute manière, j’étais contre ce débat à l’origine". En somme, ni Attal ni Deniau n’ont assumé la responsabilité d’avoir organisé la "confrontation" entre partisans et adversaires de la version officielle du 11-Septembre. Le véritable coupable dans la "chaîne de commandement" journalistique demeure inconnu...Dans sa tentative de se dédouaner, Deniau serait paru de mauvaise foi, au point que Poupou n’avait plus qu’à sortir le carton rouge de la "faute professionnelle".


Ironie du sort, pendant ce sulfureux débat dont la simple présentation, sommaire et superficielle, a pourtant chauffé les esprits à France 24, l’animateur du réseau français de Reopen911 avait suggéré qu’il était dangereux d’aborder la question dans les médias avant d’être contredit immédiatement par Attal qui tenta de le rassurer sur le degré élevé de liberté d’expression sur la chaîne. Le doute sur la parole du journaliste est permis : contrairement à d’autres débats plus convenus, l'émission ne figure pas dans les archives du site web de France 24. Un bel exemple d’auto-censure a posterori.

L’incident est d’autant plus cocasse que TOUS les concurrents directs de France 24 n’ont pas ces émois de vierge effarouchée lorsqu’il s’agit d’évoquer le sujet des théories alternatives du 11-Septembre : CNN, Russia Today, Al Jazeera English, BBC World, Press Tv et même, ô comble du paradoxe, Fox News, antenne de propagande républicaine, toutes ont réalisé des reportages ou des entretiens sur la question. Pratique élémentaire du journalisme, puisqu’il s’agit d’évoquer un phénomène de société, indéniable et croissant : le scepticisme d’une majeure partie de la population mondiale, selon les sondages encore effectués cet été, à l’égard du récit politico-médiatique dominant du 11-Septembre.

Ce fait est incontournable, n’en déplaise aux autruches qui se targuent pourtant de faire leur métier de journaliste : de plus en plus de citoyens dans le monde ont, au minimum, un doute sur la complète véracité de la version officielle.

A sa manière, l’affaire Deniau, au-delà des luttes de pouvoir au sein de France 24 et de la purge politique par une direction plus atlantiste (ou "sarko-kouchnero-compatible"), témoigne d’autre chose, qui émerge à peine : la nervosité d’une corporation hybride (patrons de médias, chroniqueurs influents, journalistes, polémistes chroniques, faiseurs d’opinion) à l’endroit de toute parole publique "dissidente" sur le 11-Septembre. L’unanimité incroyable pour fustiger violemment un pitre inoffensif comme Jean-Marie Bigard révèle le décalage saisissant entre les acteurs des médias et l’opinion publique, plus indulgente envers le comique amateur de films "conspirationnistes". Même le référendum sur l’Europe en 2005 n’avait pas connu un tel alignement de la part des journalistes hexagonaux.

"Beyond the news" : au-delà de l’information, promet le slogan de France 24. Pari réussi : la chaîne s’efforce bien, par condescendance, lâcheté ou paresse intellectuelle, à survoler une information capitale.

L’info ? Sept ans après les attentats, de plus en plus d’individus dans le monde n’acceptent plus la version du 11-Septembre, telle que contée par le gouvernement américain et rapportée docilement par l’écrasante majorité des médias occidentaux.

Depuis 2001, le 11-Septembre n’en finit pas de faire des victimes collatérales, coupables d’avoir posé des questions et bannies de l’exposition médiatique jusqu’à ce qu’elles fassent repentance avant d’aboutir, au moyen d’une dépêche AFP, à en prononcer ce terrible mot : "pardon".

"Et pourtant elle tourne", aurait répliqué Galilée, à propos de la Terre, aux tenants de l’Inquisition...Et pourtant le 11-Septembre continuera de faire débat. Partout dans le monde, sauf, désormais, sur France 24.


Bonus : *l’équipe de France24 pour son premier anniversaire fin 2007 "Good old time, buddy"...

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lundi 15 septembre 2008

La "pornographie sociologique" du 11-Septembre


Media Uppercut. A la veille des commémorations du 11-Septembre, un célèbre journaliste américain, Keith Olbermann, a tenu en direct une violente diatribe à l’encontre de John McCain et George Bush, accusant le premier d’exploiter honteusement ce tragique évènement à des fins électorales et le second de négligence criminelle pour "avoir permis que ces attaques se produisent". Un double coup d’éclat audacieux de la part d’un présentateur vedette.


Il a redonné ses lettres de noblesse au journalisme américain, selon ses admirateurs. Il a craqué, dénoncent les détracteurs. Keith Olbermann est la figure médiatique de la semaine , outre-Atlantique. Le chroniqueur politique, âgé de 49 ans, a démontré mercredi dernier, dans son émission-phare "Countdonwn", sur MSNBC, sa verve, sa fougue et son talent oratoire.

En l’espace de huit minutes, face caméra, Olbermann s’est prêté à un exercice inimaginable pour un téléspectateur français : fustiger avec ardeur l’un des deux candidats à l’élection présidentielle, en l’occurence John McCain. L’homme est rancunier : il ne digère pas l’incident scandaleux, selon lui, de la diffusion d’une vidéo lors de la convention nationale républicaine, en hommage aux victimes du 11-Septembre. Ces images représentaient la prétendue lutte des Etats-Unis contre le terrorisme islamique depuis la prise d’otages américains en 1979 à Téhéran avant de culminer avec des passages dévoilant les visages des victimes des attentats de 2001.

Révulsé par ce procédé, Olbermann s’était désolidarisé à l’antenne de sa chaîne pour la diffusion en direct de la vidéo et paraissait sincèrement consterné par l’exploitation des images du 11-Septembre. La sanction ne se fit pas attendre : sa direction l’a évincé des soirées électorales et relégué uniquement en plateau dans son émission, un programme quotidien d’une heure avec des invités débattant autour de cinq sujets d’actualité.

Quelques jours après cette annonce de la part de ses supérieurs hiérarchiques, qui déplorent son ton partisan, indigne selon eux de la charte journalistique du prestigieux réseau NBC, Olbermann contre-attaque. Mercredi 9 septembre, il vitupère, dans la partie de son émission intitulée "special comment", le Parti républicain avec une véhémence inédite. D’ordinaire, il est de notoriété publique que le journaliste penche largement en faveur d’Obama et ne se prive pas pour décocher des flèches au camp républicain depuis le début de la campagne. Cette fois-ci, pourtant, Olbermann a accentué la virulence de ses critiques.





Etait-ce l’effet de se rétrogadation professionnelle ou bien l’approche des commémorations du 11-Septembre qui l’a rendu si nerveux ? Toujours est-il que le journaliste, volontiers comparé par ses ennemis comme l’équivalent hystérique, dans le camp démocrate, de O’Reilly sur Fox News, a marqué les esprits. Beaucoup d’internautes saluent sa courageuse prise de parole sur un network aussi important que MSNBC tandis que d’autres l’accusent de manquement au devoir d’impartialité journalistique.

L’homme aime en tout cas les formules-choc : évoquer, en quelques minutes, le 11-Septembre, ce "slogan publicitaire" utilisé par l’administration Bush, un "gang d’escrocs constitutionnels" dirigés par un "Président qui aurait du être destitué" et coupables de "malfaisance et de néglicence criminelle" pour avoir "permis que les attaques se produisent", avant d’embrayer sur la "pornographie sociologique" de la vidéo, un "snuff movie" commis par le Parti républicain qui s’apprête désormais à raviver les "flammes de la paranoïa à l’encontre d’un autre pays du Moyen-Orient" et de conclure avec brio sur "l’utilisation des terroristes" par John McCain.

"Good night and good luck", tels sont les derniers mots d’Olbermann, comme en clin d’oeil au film de George Clooney et à son thème principal : les journalistes doivent toujours combattre le maccarthysme, qu’il s’agisse de l’original ou de sa nouvelle formule, plus connue sous l’appellation de "guerre contre le terrorisme".

Et tandis que les journalistes parisiens s’échinent à qualifier, d’une seule voix, toute dissidence sur le 11-Septembre de "délire antisémite", d’autres journalistes, autrement plus lucides, compétents et courageux, risquent leur carrière pour alerter le citoyen sur la manipulation de cet évènement-fondateur. Olbermann est l’honneur d’un certain journalisme, pas celui prétendumment impartial, mais celui qui joue pleinement son rôle social : nous informer de ce qui est, en toute authenticité.

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samedi 13 septembre 2008

Quand John McCain relie l’Iran au 11 septembre



Bassesse électorale. En vue de remporter la présidentielle américaine, tous les coups sont permis, y compris les plus sordides. Démonstration avec le camp républicain mené par John McCain.


La fin d’un tabou. Aux Etats-Unis, jeudi dernier, lors de la convention républicaine, un tournant politique s’est produit : un des deux camps rivaux pour la présidence, en l’occurrence le parti de John McCain, a osé, pour la première fois, exploiter visuellement la tragédie du 11-Septembre à des fins électorales en diffusant une "vidéo en hommage" aux victimes.





Morceaux choisis :


“La première attaque s’est produite en Iran. 444 jours : l’Amérique prise en otage. Et ainsi de suite : nos ambassades, notre marine (...) Cet ennemi qui s’est promis notre destruction est en guerre contre nous depuis des décennies. Cela, nous le savons désormais", relate le narrateur.


“Les jihadistes restent déterminés à nous attaquer, à attaquer la liberté et l’âme même de l’Amérique (...) Ceci est une guerre que nous n’avons pas choisie (…) C’est une guerre que nous allons gagner, nous avons un président qui sait comment le faire (…) Nous nous souvenons (…) et nous ne permettrons pas que cela arrive encore”.

Nombre de citoyens américains, démocrates mais aussi républicains, ont été choqués de voir ainsi utilisées les images des victimes des attentats pour émouvoir les électeurs, manipulés ainsi par la peur et le désir de vengeance.

soldat McCain franchit la ligne rouge


D’une pierre, deux coups : dans cette vidéo, digne des pires propagandes, il réussit le double tour de force d’aviver l’émotion envers la tragédie du 11-Septembre et d’assimiler la prise d’otages de l’ambassade américaine par les Iraniens (1979) aux actions terroristes d’Al-Qaïda (1998/2001), confondus de par leur provenance : le même "ennemi".

Exploitation émotionnelle et révisionnisme historique : voilà qui augure d’une politique étrangère plutôt belliciste si McCain devait remporter l’élection présidentielle, ce qui pourrait encore se produire, au vu de sa remontée dans les derniers sondages.

Le triple message subliminal est donc passé auprès de l’électeur : McCain vengera l’Amérique en capturant Ben Laden, protégera le pays des musulmans fanatiques et s’attaquera à l’Iran, ennemi comparable au réseau Al-Qaïda. Qui a pu oublier sa fameuse improvisation hilare, inspirée des Beach Boys, devant un auditoire, il y a quelques mois : "Bomb-bomb-bomb, bomb-bomb Iran !" ?

Au loin, on pouvait, si on prêtait l’oreille, percevoir dans l’air un murmure nauséabond, un slogan, évoquant les clips de campagne :
"I am George Bush and I approve this message"…

Post-Scriptum :

Il faut saluer le courage du commentateur qui apparaît à la fin de la vidéo. Il s’agit du présentateur vedette de MSNBC, Keith Olbermann, qui précise se démarquer du choix éditorial de sa chaîne d’avoir accepté de diffuser cette vidéo, déplorant pour sa part, avec un dégoût visible à l’antenne, l’usage d’un tel drame dans une campagne électorale.

Son audace lui a coûté cher : MSNBC, filiale du puissant network NBC, a annoncé ce week-end, soit deux jours après la retransmission en direct de son commentaire politiquement incorrect, la mise à l’écart d’Olbermann des émissions politiques de soirée, en prétextant son manque d’impartialité…

La liberté d’expression des journalistes, en période électorale ou en temps de guerre, aux Etats-Unis comme en France, a ses limites…

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