lundi 29 décembre 2008

De Guernica à Gaza




Et un matin tout était en feu,

et un matin les bûchers

sortaient de la terre

dévorant les êtres vivants,

et dès lors ce fut le feu,ce fut la poudre,

et ce fut le sang.

Des bandits avec des avions, avec des Maures,

des bandits avec des bagues et des duchesses,

des bandits avec des moines noirs pour bénir

tombaient du ciel pour tuer des enfants,

et à travers les rues le sang des enfants

coulait simplement, comme du sang d’enfants.


Chacals que le chacal repousserait,

pierres que le dur chardon mordrait en crachant,

vipères que les vipères détesteraient !


Face à vous j’ai vu le sang

de l’Espagne se lever

pour vous noyer dans une seule vague

d’orgueil et de couteaux !


Généraux de trahison :

regardez ma maison morte,regardez l’Espagne brisée :

mais de chaque maison morte surgit un métal ardent

au lieu de fleurs,mais de chaque brèche d’Espagne

surgit l’Espagne,mais de chaque enfant mort surgit un fusil avec des yeux,

mais de chaque crime naissent des balles

qui trouveront un jour l’endroit de votre cœur.


Vous allez demander pourquoi sa poésie

ne parle-t-elle pas du rêve, des feuilles,

des grands volcans de son pays natal ?


Venez voir le sang dans les rues,

venez voir

le sang dans les rues,

venez voir

le sang dans les rues !


Pablo Neruda, J'explique certaines choses, 1936

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