Red Skin Head

Un punching-ball professionnel, des admirateurs inconditionnels et une meute véhémente : bienvenue dans le monde d'Alain Soral.
"Quelle ordure, ce mec", "fais attention à toi", "tu vas te régaler", "il sera coriace, l'animal" : voilà le genre de réactions entendues à l'annonce de la préparation d'un entretien avec le personnage. Les connaisseurs de l'énergumène, fans ou détracteurs, se retrouvent sur un point : c'est un tempérament. Composé par sa propre personne à l'aune de la mode médiatique du moment et de l'image qu'il veut projeter. Quitte à vivre dans les marges, martyr consentant et autoproclamé de la vindicte de l'intelligentsia qu'il estime subir.
Rouge-brun pour certains, iconoclaste pour d'autres, l'animal politique se méfie des journalistes de peur d'être trahi dans la retranscription de sa pensée. Ce portrait en nuances ne donnera pas raison à ce préjugé-là.
Punk : c'est un mot qui évoque le jeune hirsute amateur de bruits étranges. C'est aussi plus largement un mouvement musical et sociétal apparu à la fin des années 1970, contestataire et radical. C'est enfin l'époque qui a vu naître la vocation journalistique d'Alain Soral. Faut-il y voir l'origine de son trait de caractère dominant, ce jusqu'au-boutisme, vu comme héroïque ou ridicule? Toujours est-il que l'intéressé renie difficilement ses prises de position, passées et présentes. Il assume tout son parcours : marxiste, national-républicain, universaliste, anti-communautariste, et désormais encarté au Front National,au sein du comité central.
« Entièrement cohérent », affirme Soral. Sa cible favorite et constante : « le système, l'Empire, L'UMPS, le vrai pouvoir ». Au choix. Il renchérit : « L'espace de la critique s'est tellement réduit qu'il est réduit à néant. Je suis par exemple contre les lois mémorielles et la loi Gayssot car je suis pour une pleine liberté d'expression; or, il est impossible en France de critiquer la commémoration de la Shoah, comme l'a pourtant fait timidement Simone Veil, ou d'évoquer l'ethnicisation des classes sociales dans ce pays ». Démonstration ? : « Si je commande des sushis à paris, le livreur sera, à coup sur, noir, le passeur de commandes arabe, le gérant gaulois et le proprio de la boutique feuj ; dire cela, c'est être suspect de racisme alors que je fais de la sociologie urbaine des proportions : c'est absurde. De toute façon, la pensée en France est totalement verrouillée ».
La liberté des journalistes? « Parlons-en : s'il y avait de vrais journalistes dans ce pays, l'un d'eux aurait osé publier avant l’élection présidentielle que Sarkozy avait battu sa femme, que celle-ci a porté plainte à deux reprises pour coups et blessures et que le futur Président a même fait enlever son fils à la sortie de l'école à New York pour faire pression sur Cécilia afin qu'elle revienne de son escapade ». C'est pourquoi il salue ce qu'il nomme le « dépérissement de la presse écrite vendue au pouvoir ». Ajoutant : « Je voudrais que la situation ressemble exactement à ce qu'elle est en réalité : qu'il n'y ait plus de journaux en France pour qu'on comprenne qu'on est dans un régime totalitaire ».
Nerveux, sanguin, joueur, agressif, Soral parle comme on boxe : coups directs, danse autour du ring, bluff, esquives et escalade. L'homme veille scrupuleusement à ce que ses propos ne soient pas dénaturés : la justice l'attend au tournant pour jauger de son antisémitisme supposé. Dans le même temps, évoquer sereinement sa solidarité pour, en vrac, Hugo Chavez, Mahmoud Ahmadinejad, Thierry Meyssan, Jean-Marie Le Pen, Marc-Edouard Nabe et Dieudonné n'est pas, à l'évidence, la stratégie la plus fine pour lui redonner une certaine virginité politique.
L’intéréssé s’en moque. Bien au contraire, le polémiste accentue, ou aggrave d’après certains, sa position radicale comme s'il voulait tester en permanence les limites de la tolérance du « système» comme il se plait à le dénoncer. « Les mecs courageux le sont généralement par naïeveté », feint-il de croire. « Mais le vrai pouvoir est celui auquel il est dangereux de s'attaquer », précise Soral sans qualifier explicitement ce pouvoir-là. « Il faut un énorme travail d'émancipation; je suis moi-même dans une tradition française de libre pensée, à la manière de Jean Yanne, Audiard, Blondin, ou Desproges. Le problème, c'est qu'on veut aujourd'hui psychiatriser ou diaboliser les opposants ».
Soral, un fou à lier? Plus complexe que cela, évidemment, même si certains propos laissent pour le moins songeur : « Il faut importer des slaves en France : eux pourront faire de bons Français car ils ont reçu l'éducation soviétique, rigoureuse et patriote...la jeunesse de France n'a pas la compétence technique et affective de gérer le réel de demain... la boboïtude, c'est du parasitisme transitoire, même si elle est dominante idéologiquement...ce qui a ruiné ce pays, c'est deux choses : l'immigration de peuplement par le regroupement familial et l'american way of life...il faut revenir aux fondamentaux : la fierté patriote, le respect des aînés et la séparation des sexes... avant, deux moralismes s'affrontaient : le patron catho contre l'ouvrier solidaire; aujourd'hui, c'est l'alliance de deux amoralismes : le libéral mondialisé et le nomade libertaire ».
En somme ? « Je suis pour une révolution conservatrice ».
Ce dont les banlieues ont besoin? « De l'assimilation et du boulot, pas des ballons de foot comme l'aurait fait Ségolène ou des trafics de drogue consentis en silence sous Sarko. Les émeutes de 2005, c'est rien : juste une névrose sociale par des ados acculturés sur le modèle américain. Les élites chez ces mecs-là votent Le Pen d'ailleurs car ils ont compris qui était vraiment de leur coté » Soral abonde à nouveau sur ce thème: « Joey Starr a fait le tapin de la gauche et il a fait perdre 20 ans aux types d'origine africaine; c'est la caricature du mec de banlieue, avec lui t'as pas envie d'apprendre la politesse ou de faire des études. Pareil au fond pour Doc Gynéco: ce bouffon est encore plus symptômatique car lui, il a roulé pour Sarkozy, ce qui est logique : c'est le triomphe de l'idéologie du gangster. D'un côté, un pseudo-rappeur qui a de graves problèmes avec le fisc ;de l'autre, un avocaillon incompétent, hâbleur et délinquant en toute-puissance. Les deux sont de la même nature ; c'est la démoralisation qui est le vecteur du libéralisme avec comme message-clé : "rien à foutre de la justice, je prends la maille, les putes et je me tire" ».
A 49 ans, Alain Soral, fébrile et sur ses gardes, s'inquiète de son avenir qu'il pressent bouché en France : se disant blacklisté et ayant du mal à faire la publicité de ses derniers ouvrages tel "Chute! Eloge de la disgrâce", le polémiste chronique est pessimiste. Pas résigné. « Plutôt l'exil que la soumission », crâne-t-il, non sans une pointe d'inquiétude dans le regard. La posture est peut-être vaillante et renforce l'image "seul contre tous" que Soral s'est plu à construire ces dernières années. Encore faut-il la tenir. En solitaire comme en bande.
Paranoïa, manipulations d'affabulateur et position victimaire d'un extrémiste notoire, hurlent ses détracteurs. Intransigeance, clairvoyance et résistance d'un homme toujours menacé physiquement, soulignent les avocats du diable. "Lève le pied !", lui conseillent ses amis journalistes qui ne désespèrent pas de l'inviter à nouveau sur leurs antennes ou dans leurs colonnes.
Le dilemme d'Alain Soral se pose ainsi : rester ferme ou mettre de l'eau dans son vin. A quel prix? Et à quoi bon?
No Future, annonçait déjà le punk.
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Entretien avec Alain Soral, écrivain et membre du bureau politique du FN, 1er novembre 2007, place Saint-Sulpice.
Q : Alain Soral, la plupart de vos lecteurs ont été surpris ou choqués par votre adhésion au Front National, après un parcours politique au PCF puis auprès de Jean-Pierre Chevènement.
Pourquoi un tel revirement?
R : La politique, c'est juste un combat de témoignage. Il ne s'agit pas de gagner mais de conforter le mec derrière sa télé qui pense pareil. Je produis de la doctrine : gauche sociale et droite sociétale. Le FN est d'ailleurs le seul parti d'opposition à gauche ; Bayrou fait du théâtre et Besancenot du bac à sable pour rameuter les jeunes bobos généreux à la fibre sociale qu'il rabattra pour en faire des électeurs de Strauss-Kahn. Le petit facteur fait partie du système, contrairement à Le Pen qui est un vrai résistant, un nouveau de Gaulle.
En même temps, je ne nie pas qu'il y ait des luttes au sein du parti entre deux courants : d'un coté , les atlantistes libéraux racistes contre des patriotes antilibéraux et assimilationnistes, comme moi et Marine Le Pen. On bosse pour faire gagner notre ligne.
J'ai rejoint Le Pen car je voulais un second tour Sarkozy/Le Pen à la présidentielle. Si demain la politique veut reprendre la main, il faut casser la main mise du libéralisme marchand. Et en France, seul le "Vieux" fait un doigt d'honneur au système.
Q : Qu'en est-il de la plainte déposée contre vous dans ce contexte pour incitation à la haine raciale? Certains évoquent une dérive antisémite vous concernant, sur le registre de Dieudonné.
R : Aujourd'hui, on est condamné pour arrière-pensée, même pas pour une pensée exprimée. C'était un piège. Une équipe de France 2 m'a interviewé pendant 2 heures et n’a retenu que 5 minutes d'un entretien sur le conflit israélo-palestinien. De toute manière, la pression communautaire en France est insidieuse et trop forte. Critiquer le sionisme m'a valu des attaques de toute part, alors que mes déconstructions des communautarismes d’origine musulmane, gay ou féministe m'ont attiré un large public et peu de remontrances. Quand je me fais tabasser par la Ligue de Défense Juive dans une librairie en 2004, pas de medias, pas de condamnation du gouvernement pour cette atteinte à ma liberté d'expression et à ce genre d'intimidation. Quand c'est Redeker qui reçoit un mail d'un quelconque islamiste, c'est tout de suite la bronca et BHL qui fait son show de soutien. Deux poids deux mesures, encore une fois.
J'attends la suite du jugement.
Q : Le journalisme, l'édition et désormais la politique.Du PC au FN. Ne craignez-vous pas de paraître incohérent,voire erratique, dans vos adhésions idéologiques successives?
R : Peu importe. Je suis sur une liste noire. Et je suis plutôt fier de ne pas faire le tapin pour le système. Si je dois être emmerdé jusqu'au bout pour mes prises de position qui sont au contraire cohérentes de bout en bout, je m'exilerais. Victor Hugo l'a bien fait. Thierry Meyssan aussi d'ailleurs, qui a quitté l'espace de l'Empire.
Quant au journalisme, c'est de la rigolade : le milieu est hiérarchique, précaire, composé de gamins incultes. C'est Fogiel se permettant de critiquer le général Aussarès ou une petite conne de 25 ans sur M6 qui rentre haineusement dans Le Pen pour une interview. Je connais parfaitement ce milieu, j'ai eu ma carte de presse, j'ai fréquenté toutes les arrière-salles dès 1979. Tous les animateurs ou journalistes de télé, même ceux qui me crachent dessus, je les connais. Je sais comment ça marche. C'est le règne de l'autocensure pour bouffer sa croûte. J'ai vécu les derniers moments de la presse dissidente avec Jean-Edern Hallier. Et le seul aujourd'hui à être honorable, car il reçoit tout le monde sur un pied d'égalité, c'est Taddeï. Tout le reste , c'est des lopettes. Dans les années 70 ou 80, je n'aurai pas été blacklisté. Je me suis fait virer des Grandes Gueules sur RMC car j'en étais réellement une, contrairement à ces couilles molles. Le problème vient de la cooptation au sein des médias et de leur idéologie dominante, pas de moi.
Q : Qu'attendez-vous de l'avenir?
R : M'exiler de ce pays qui ressemble de plus en plus depuis Sarkozy à une société de consommation policière et totalitaire. Ou espérer un sursaut du peuple, une sorte de Mai 68 à l'envers. Je parie sur un cassage de gueule du régime dans les deux ans qui viennent. Les Français vont se réveiller et voir qu'ils ont mis à la tête de l'Etat un anti-français, un tirailleur sénégalais de l'Empire. L'Iran sera l'épreuve de vérité.
Libellés : Soral front national égalité réconciliation

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